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LES INTERDITS  ET TOTEMS 

GENERALITE

Les interdits et les totems ethniques sont des éléments fondamentaux dans de nombreuses cultures africaines.

 

Les totems sont souvent des animaux, des plantes ou des objets considérés comme protecteurs d’un individu ou d’un groupe social. Ils sont liés à des croyances ancestrales et peuvent être associés à des familles ou des clans. Par exemple, certaines communautés croient qu’un animal totem protège leurs membres et qu’il est interdit de lui faire du mal.

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Les interdits, quant à eux, sont des règles sociales ou spirituelles qui régissent la vie en communauté. Ils peuvent concerner des comportements, des mariages entre certaines ethnies, ou des pratiques spécifiques. Dans certaines sociétés, braver un interdit peut être perçu comme une transgression grave pouvant entraîner des conséquences négatives, comme la malédiction ou l’exclusion sociale.

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Ces croyances varient selon les régions et les peuples, mais elles jouent un rôle essentiel dans la préservation des traditions et l’harmonie social.

ORIGINE ET SIGNIFICATION

Le concept de totem est présent dans de nombreuses cultures à travers le monde, notamment en Afrique, en Amérique du Nord et en Océanie. Il sert à établir un lien entre les membres d'une communauté et leur environnement naturel ou spirituel. Le totem peut être considéré comme un protecteur, un guide spirituel ou un symbole d'appartenance.

TYPES DE TOTEMS

  • Totems animaliers : Certains groupes ethniques s'identifient à un animal spécifique, qui incarne des qualités qu'ils valorisent (force, sagesse, agilité).

  • Totems végétaux : Des plantes ou des arbres peuvent être considérés comme sacrés et jouer un rôle dans les rites et traditions.

  • Totems mythologiques : Certains peuples associent leur identité à des figures légendaires ou divines.

ROLES SOCIAL DES TOTEMS DANS LES COMMUNAUTES

Les totems jouent un rôle social essentiel dans de nombreuses communautés à travers le monde, notamment en Afrique. Ils sont bien plus que de simples symboles : ils structurent les relations sociales, renforcent l'identité collective et préservent les traditions.

1. Identité et appartenance

Les totems sont souvent associés à des clans, lignages, des familles ou des tribus. Ils permettent aux membres d'un groupe de se reconnaître et de renforcer leur sentiment d'appartenance. Par exemple, dans certaines cultures africaines, les totems sont utilisés pour distinguer les lignées et éviter les mariages ou guerres entre personnes du même totem.

2. Cohésion sociale et interdits

Les totems établissent des règles sociales et des interdits. Dans certaines communautés, il est interdit de chasser ou de consommer l'animal totem, car il est considéré comme un protecteur du groupe. Ces interdits contribuent à la préservation des espèces et à l'équilibre écologique.

3. Transmission des traditions

Les totems sont souvent liés à des récits mythologiques et des cérémonies. Ils servent à transmettre les valeurs et les croyances d'une communauté aux générations futures. Par exemple, chez les Amérindiens, les totems sculptés racontent l'histoire et les exploits des ancêtres.

4. Protection et spiritualité

Dans certaines cultures, le totem est perçu comme un guide spirituel ou un protecteur. Il est censé apporter sagesse, force et protection aux membres du groupe. Les cérémonies et les rituels autour des totems renforcent cette connexion spirituelle.

 

Les totems sont donc bien plus qu’un simple symbole : ils sont au cœur de l’organisation sociale et spirituelle des communautés. 

LES INTERDITS ALIMENTAIRES CHEZ LES NYABWA

BON A SAVOIR

INTRODUCTION

Pour rédiger cette partie de la plateforme, nous nous sommes référés à l'apparition dans Journal des africanistes en 1989 de "Les interdits  alimentaires chez les Nyabwa de Côte-d'Ivoire"  du Docteur  ZEZE-Béké Pascal, pages 229-237.

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Docteur Zézé-Béké Pascal est Enseignant-chercheur à la retraite, décédé le 23 octobre 2010 à Abidjan. Il est Niaboua lui-même, natif de Béliégué dans le Canton NIABOUA dans la Sous- préfecture de IBOGUHE, département d'ISSIA. 

Voici comment Professeur ZEZE-Béké Pascal, introduit les interdits et toms en pays Nyabwa.

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Les Nyabwa sont un petit groupe ethnique de l'ouest de la Côte-d'Ivoire. Chaque village Nyabwa a un ou plusieurs interdits alimentaires, qui frappent en général un groupe de descendance, c'est-à-dire un village ou un lignage.

 

Après un recensement des différents interdits, ainsi que de leur distribution entre les différents groupes, la référence à ces interdits peut permettre d'identifier et de connaître l'origine des éléments ou des pièces rapportées qui contribue à la formation de ces communautés.

 

L'existence d'un interdit unique indique soit la parenté originelle des membres du groupe concerné, soit, plus rarement, le fait que des réfugiés éventuels ont été totalement assimilés. Par contre, la pluralité des interdits suppose que des lignages d'origine extérieure ont été accueillis, et que les descendants de ces réfugiés ont continué à observer leur propre interdit, outre celui de leurs hôtes qu'ils ont dû adopter

MIEUX SAVOIR

Chaque village nyabwa a un ou plusieurs interdits alimentaires. Est alors prohibée la consommation de la viande de tel animal (mammifère, oiseau, poisson...) ou de telle plante. C'est, par exemple, à l'exclamation qui ponctue un éternuement, ou à la formule par laquelle on jure, qu'on identifie l'interdit d'une personne. Mon interdit est la panthère. Si j'éternue, moi ou ceux qui ont le même interdit que moi doivent s'exclamer : gi ! (la panthère !). Moi-même, je peux dans d'autres circonstances jurer de la façon suivante : « Si je faisais [encore] telle chose, que la panthère me tue ! ».

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Ainsi, ce que je jure de ne plus faire je l'assimile en cette circonstance à la consommation de la viande de panthère, chose qui m'est formellement interdite.

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​Les interdits alimentaires des Nyabwa sont aussi nombreux que variés. Une typologie des interdits montre qu'ils se répartissent inégalement entre le monde animal et le monde végétal. Un interdit frappe en général un groupe de descendance, c'est-à-dire ici un village ou un lignage. Cependant, il exite des interdits qui frappent une tribu entière ou une sous-tribu, suivant la même logique de parenté. Il arrive aussi que des interdits se retrouvent dans plusieurs villages appartenant à des tribus différentes, sans impliquer un quelconque lien de parenté entre eux.

UN LARGE EVENTAIL D'ANIMAUX ET DE PLANTES

Les interdits observés dans le pays nyabwa par ordre d'importance, en partant de l'interdit observé par le plus grand nombre d'individus (ou de groupes) à l'interdit observé par le plus petit nombre. Les interdits animaux sont les plus répandus.​

Les mammifères

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Ce sont les principaux interdits animaux. On compte en effet douze espèces prohibées, comprenant aussi bien des animaux sauvages que quelques animaux domestiques.

 

La panthère (gi) vient en premier lieu. Viennent ensuite, par ordre, la gazelle (lele) ou guib harnaché encore appelé mina, le buffle (dû), le chimpanzé (gwc). Les cinquième et sixième interdits sont des animaux domestiques : le chien (gbe), puis le bouc ou la chèvre, le céphalophe noir à dos jaune (nyenagbe), puis un singe, le cercopithèque pétauriste (yereplu), le céphalophe bai à bande noire (bhé).

 

Suit un autre animal domestique : le bœuf (bhli). Ce dernier interdit est aujourd'hui difficile à respecter pour des raisons évidentes (la viande de bœuf constitue la base de l'alimentation en ville, plus particulièrement dans les internats et les casernes).

 

On a donc fait des sacrifices aux ancêtres pour que les jeunes du village concerné (Gueyeguhé ou Geyiabli), qui sont appelés hors de la tribu, puissent manger du bœuf sans s'attirer des maléfices.

 

Le onzième mammifère interdit est le phacochère ou plus exactement le potamochère (bhee), et enfin le céphalophe noir (libí), observé par un seul lignage. Un tableau en annexe montre la répartition des mammifères entre les différents groupes du pays nyabwa.​ 

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La panthère (''gi'') 

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Le céphalophe noir à dos jaune (''nyenagbe'')

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Le céphalophe bai à bande noire (''bhé'').

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La gazelle (''lele'') ou guib harnaché 

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Le phacochère ou plus exactement le potamochère (''bhee'')

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Le chimpanzé (gwc).

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Le buffle (dû)

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Le céphalophe noir (''libí'')

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Le singe, appelé le cercopithèque pétauriste (''yereplu'')

Les poissons

Un grand nombre de Nyabwa ont pour interdit l'une ou l'autre espèce.

Parmi les poissons, le silure était l'interdit de tous les Bahon (15 lignages), en même temps que la gazelle . Mais le premier a été abandonné aujourd'hui par les Bahon, à l'exception de quelques vieux...

 

On trouve des groupes qui ne mangent pas le poisson de telle ou telle rivière. Ainsi, tous les Monosso (8 villages comprenant 26 lignages) ne mangent pas les poissons de la rivière Kpo, un affluent de la Lobo.

Les habitants des 4 lignages Kaloabli (ou Bahigbeu II), soit 4 lignages dans la tribu Frèbo, eux, ne mangent pas les poissons du Wrople, une rivière qui, elle aussi, se jette dans la Lobo.

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Le silure

Les oiseaux 

Le premier qui fait l'objet d'un interdit alimentaire est l'aigle (jisi). Il est interdit à la consommation dans deux villages relevant de deux tribus (Nyatcha et Frèbo).

 

Dans la tribu Nyatcha, il concerne le village de Gorodi (4 lignages), tandis qu'il concerne le village de Dahirougbeu (4 lignages) dans la tribu Frèbo.

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Le deuxième interdit parmi les oiseaux est le poulet (sohon). Il est interdit dans un seul lignage (le lignage des Djèbo) dans le village de Gbetambli (Domagbeu) dans la tribu Nyatcha.

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L'aigle royal (jisi)

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Une poule (sohon) et ses poussins

Le reptile 

Un seul est au nombre des interdits des lignages nyabwa ; il s'agit du varan (pe) qui est l'interdit des 10 lignages des villages d'Ibobli et de Saliabli (ou Iboguhe-Saliéguhe), dans la tribu Bliabo.

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Le varan (pe)

Les insectes

Les insectes ne sont pas en reste. Le premier interdit est le grillon (geglaa). Il n'est pas consommé dans un lignage de Dèbo (tribu Bliabo). L'interdit du grillon est observé aussi chez les gens de Nandigbeu (soit 3 lignages) dans la tribu Djesso. Dans ce dernier village, seule la population masculine est concernée par cet interdit.

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Le grillon (geglaa)

Le mollusque 

Un seul village a pour interdit l'escargot noir (yirikpoo), d'ailleurs associé au scorpion, qui n'est pourtant pas comestible.

 

Ce sont les quatre lignages du village de Gbetambli (aujourd'hui regroupé à Domagbeu) dans la tribu Nyatcha.

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L'escargot noir (yirikpoo)

Les animaux domestiques

Les interdits constitués d'animaux domestiques : le chien (gbe), puis le bouc ou la chèvre. Suit un autre animal domestique : le bœuf (''bhli'').

 

L'interdit de manger le bœuf est aujourd'hui difficile à respecter pour des raisons évidentes (la viande de bœuf constitue la base de l'alimentation en ville, plus particulièrement dans les internats et les casernes). On a donc fait des sacrifices aux ancêtres pour que les jeunes du village concerné (Gueyeguhé ou Geyiabli dans la sous-préfecture d'Iboguhé), qui sont appelés hors de la tribu, puissent manger du bœuf sans s'attirer des maléfices.​ 

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Le scorpion

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LE POIS DE TERRE.png

Le pois de terre (ze)

Les légumes secs

Le pois de terre (ze) vient en tête des légumes secs interdits à la consommation. Il concerne les 8 villages de la tribu Monosso, soit 26 lignages. C'est donc un grand nombre d'individus qui ne consomment pas de ce légume, qui ne constitue d'ailleurs pas un aliment de base chez les Nyabwa.

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Le haricot blanc (y ее) est le deuxième légume sec interdit à la consommation. Il concerne 3 villages entiers répartis entre la tribu Nyatcha (2 villages) et la tribu Djesso (un village). Les villages nyatcha (Goyrodi et Dagorezon) comptent 7 lignages, tandis que le village Djesso (Garobo) compte 3 lignages. C'est au total 10 lignages qui ont le haricot blanc comme interdit.

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Le haricot blanc (yее)

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Le taro blanc (glu-pite)

Les tubercules

Le taro blanc (glu-pite) est observé dans deux villages qui relèvent de deux tribus différentes (Nyatcha et Frèbo). II s'agit de DagorezonGoyrodi dans le Nyatcha (3 lignages) et Dahirougbeu dans le Frèbo (4 lignages). Si cet interdit est scrupuleusement observé dans le village de Dagorezon, par contre l'interdiction de consommer le taro relève, pour le village de Dahirougbeu, d'une grosse plaisanterie.

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Enfin, en ce qui concerne les tubercules, une variété d'igname sauvage appelée té est l'interdit des Gbabo (4 lignages) qui font partie du village de Guessabo dans la tribu Nyatcha.

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L'igname sauvage (té)

La kola

La kola (gye) qui n'est pas un aliment à proprement parler existe comme interdit chez les Nyabwa, mais souvent comme interdit individuel.

 

Pourtant, un village entier de la tribu Nyatcha ne mâche pas de la kola : il s'agit de Nyazegbeu (aujourd'hui regroupé à Domagbeu), qui compte 3 lignages.

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Le chimpanzé (gwc).

La kola (gye)

L'INTERDIT DE TOUCHER UN OBJET

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Le bol de terre cuite (kota gbeyi)

Le bol de terre cuite

Pour terminer cet inventaire exhaustif des interdits du pays nyabwa, nous signalons l'unique interdiction de toucher un objet. Il s'agit de l'interdit des trois lignages des Bènyinu, à Dèbo (tribu Bliabo), auxquels il est formellement interdit d'utiliser comme récipient le bol de terre cuite (''kota gbeyi'').

Pour terminer cet inventaire exhaustif des interdits du pays Nyabwa, nous signalons l'unique interdiction de toucher un objet. Il s'agit de l'interdit des 3 lignages des Bènyinu, à Dèbo (tribu Bliabo), auxquels il est formellement interdit d'utiliser comme récipient le bol de terre cuite (kota gbeyi).

MODALITE D'ADOPTION D'UN INTERDIT

Comment ont été adoptés tous ces interdits ? Des récits exposent les circonstances dans lesquelles soit un groupe, soit un individu (dans ce cas l'interdit passe à son groupe), ont été amenés à ne plus consommer tel animal ou telle plante. Ces circonstances se réfèrent aux modalités d'occupation de terres nouvelles et aux contrats qui ont alors été passés entre les hommes et les forces de la nature (tels que les génies) ou des animaux. Ces interdits datent donc de l'époque de la première implantation du groupe, c'est pourquoi en général nul ne se rappelle les noms des hommes qui ont été les acteurs. Cependant, ce n'est pas toujours le cas. Ainsi, les gens de Nandigbeu tribu Djesso) disent que leur interdit de la gazelle a pour origine le fait que, de la tombe béante de leur aïeul WeleYorobo, est sortie une gazelle.

 

Ils ont alors décidé de ne plus manger de la chair de cet animal. La mention du nom de l'acteur de l'épisode qui a donné naissance à l'interdit est chose rare. Elle est due, sans doute, au fait que les Séambo, habitants de Nandigbeu, ont migré dans le pays nyabwa à une époque récente (vers la fin du XVIIIe siècle). Voici la généalogie d'un des contemporains de Yorobo, Zagbahi (que les poètes appellent aussi Duabo Lago) :

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Autre exemple : les habitants de Tapèbli (Tapéguhé, tribu Bliabo, dans la souspréfecture d'Issia) expliquent comment ils en sont arrivés à ne plus manger de la viande de phacochère :

Lago Tapé et Lago Falé, deux frères ennemis, se battaient à mort depuis plusieurs heures. Aucun ne voulait s'avouer vaincu, le cadet, Falé, refusant de s'incliner devant son aîné. Vers le soir, survint un phacochère qui s'interposa entre eux. Il chargeait tour à tour chacun des deux frères, jusqu'à ce qu'ils se dispersent. Reconnaissant plus tard le service ainsi rendu, ils décidèrent de ne plus manger de cet animal au comportement si fraternel...

Ces faits se sont produits, dit-on, lors des premières installations des Tapenyinu, à la douzième génération de l'échelle de Zogbo 'Gbeli, c'est-à-dire vers le début du XVIIIe siècle.

Certains villages observent plusieurs interdits à la fois : un interdit principal et des interdits secondaires (de la même façon toute personne peut avoir ses interdits particuliers). Le village de Zebliabli (Dahirougbeu) a pour interdit principal l'aigle, puis le céphalophe bai et... le taro ! Pour rendre compte de l'origine du premier interdit, les gens racontent l'histoire suivante :

L'un de nos ancêtres (dont on ne connaît plus le nom) était poursuivi par des malfaiteurs à « Gokpa-jiehi », célèbre carrefour menant aux différentes tribus du pays nyabwa. Le carrefour était dangereux car c'est là que les groupes en guerre postaient des gens en armes. Notre homme fut bientôt rejoint et capturé. Il dit à ses ravisseurs : « Lâchezmoi, je suis avec mes compagnons et si vous me faites du mal, ils me vengeront ! ». Au même moment, on entendit dans le lointain un grand vacarme. Les ravisseurs lâchèrent prise et prirent la fuite. Or, c'était un aigle qui avait fondu sur une colonie de tourakos. C'est en souvenir de ce bienfait que les Liabo [autre nom traditionnel de Dahirougbeu] ne mangent pas de l'aigle. Mais notre homme n'était pas au bout de ses peines. Revenus de leur méprise, ses poursuivants se remirent à sa recherche. Or, comme il revenait de chez ses beaux-parents, il était paré à la ceinture de bijoux qui tintaient à ses moindres mouvements et permettaient de le repérer au bruit qu'il faisait. Il arriva jusqu'aux contreforts d'un arbre où il découvrit un céphalophe bai endormi. Il ôta sa ceinture et la passa au cou de l'animal. Le céphalophe surpris, bondit et galopa à travers la forêt, suivi par les poursuivants du fugitif, grâce à quoi celuici put regagner son village.

Au retour, il raconta comment involontairement, la biche le sauva du danger et elle devint l'objet d'un interdit qui s'ajouta à celui de l'aigle, et s'étendit à ses parents, puis à tous les habitants du village...

Quant au troisième interdit, il rappelle une affaire dont on sourit aujourd'hui, mais dont on rend encore compte non sans malice : la belle-mère du chef de lignage BheleZagbahi avait de larges oreilles ; alors celui-ci interdit aux siens de planter le taro pour couper court aux comparaisons et allusions possibles, les feuilles de cette plante étant, comme chacun sait, très larges...

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LE SIGNE D'UNE APPARTENANCE LIGNAGERE

En principe, tous les habitants d'un village descendent d'un ancêtre commun. Un interdit de village ou même parfois de sous-tribu ou de tribu est donc observé par tous les lignages. Tel est le cas de la panthère pour tous les villages des BlaboZokoanyinu (Djesso), du buffle pour les Bapènyinu (Nyatcha) et de la gazelle pour l'ensemble des Bahon (qu'ils soient du Bliabo ou du Djesso).

L'existence d'un interdit unique indique soit la parenté originelle des membres du groupe concerné, soit, plus rarement, le fait que des réfugiés éventuels ont été totalement assimilés. Par contre, la pluralité des interdits suppose que des lignages d'origine extérieure ont été accueillis, et que les descendants de ces réfugiés ont continué à observer leur propre interdit, outre celui de leurs hôtes qu'ils ont dû adopter. Des cas semblables sont nombreux dans le Monoss, surtout à Gregbeu où l'on compte quatre interdits chez les Zoboanyinu (Nyigbehigbeu) : le pois de terre, le poisson du Kpo, la gazelle (guib harnaché) et le singe callitriche. Cela tient sans doute au fait que les Zoboanyin sont formés de lignages différents d'origines disparates. Cependant ces déductions ne valent pas dans tous les cas. Ainsi, dans celui des Liabo (du village de Dahirougbeu II) cité plus haut, la pluralité d'interdits s'explique parce que les mêmes populations ont adopté presque en même temps plusieurs interdits.

Autre exemple : dans certains cas où la population est formée d'éléments aux origines hétérogènes, il arrive que tout le monde n'observe qu'un seul interdit.

LE REFLET D'UNE INTEGRATION DE POPULATIONS D'ORIGINES DIVERSES

Des interdits ont été abandonnés lorsque des individus ont été transférés dans de nouveaux lignages. C'est le cas de neveux utérins qui étaient attirés dans leur village maternel par des oncles entreprenants. Ils abandonnent d'autant plus facilement leur premier interdit que le second était également auparavant le leur. Ainsi, les lignages issus des fils de sœurs revendiquent rarement l'interdit de leur village paternel. De nombreux tableaux généalogiques reconstituant la formation des lignages d'un village indiquent l'existence de lignages issus de neveux.

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Les cas d'abandon d'un interdit concernent aussi les rares cas de personnes d'origine servile en fuite une fois recueillies. C'est aussi le cas de gens relativement jeunes rescapés de guerres ou de massacres. Ceux-là ne peuvent ou ne veulent pas se souvenir de leur ancien interdit.

Avant de conclure cet article sur les interdits alimentaires, nous pouvons remarquer qu'apparemment, il n'y a pas de cause à effet entre la nature des choses interdites et un fait social ou une habitude alimentaire.

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L'adoption d'un interdit alimentaire, qui relève du sentiment religieux, ne procède pas d'une quelconque politique de protection de la faune à la suite de la destruction inconsidérée d'une espèce. Si tel était le cas, il existe des mesures appropriées (interdiction temporaire de chasser, de pêcher à l'intérieur de périmètres bien délimités). Ces mesures sont alors édictées, en cas de nécessité, par les masques, pour permettre la régénération de la faune, comme d'ailleurs on impose des jachères obligatoires en cas d'épuisement des sols.

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La société moderne africaine a connu de nombreuses mutations dont l'une des conséquences est le relâchement des préceptes de la tradition, surtout en ville et chez les jeunes. Quel est, aujourd'hui, l'impact des religions nouvelles (chrétiennes, connues surtout sous leur forme syncrétique chez les Nyabwa, et musulmane dans une moindre mesure) sur l'individu et sur son comportement face à son interdit ?

Dans leur grande majorité, les Nyabwa, qui sont restés animistes au plus profond d'eux-mêmes, continuent à observer leurs interdits, ce qui, d'ailleurs, ne paraît pas incompatible avec la pratique des nouvelles religions importées.

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Nous observons que les produits de grande consommation (riz, banane, manioc) ne sont pas concernés, comme d'ailleurs la plupart des légumes. Comment pourrait-il en être autrement ? Les interdits sont dictés par des génies protecteurs. Comment pourraient-ils interdire la consommation de produits aussi nécessaires à la survie de l'individu et du groupe ? Par contre, la faune est mise largement à contribution et la prohibition d'un seul animal dans un village peut mener à la famine !

Plus que les interdits en eux-mêmes, c'est l'histoire de leur adoption qui peut aider le chercheur à mieux comprendre les mécanismes de la mise en place des populations.

REPERTOIRE DES INTERDITS PAR LIGNAGE (VILLAGE)

INTEGRER ICI LA BASE DE DONNEES DES INTERDITS DU PAYS NYABWA PAR LCALITE ET LIGNAGE

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