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A LA DECOUVERTE DES MASQUES "GLA"  NYABWA

L’institution des masques Gla occupe une place de choix dans l'architecture spirituelle, sociale et politique du peuple Nyabwa, s'érigeant en une instance de régulation absolue au sein de l'aire culturelle Nybwa. Les recherches anthropologiques du professeur Pascal Zézé Béké démontrent que le masque transcende définitivement le statut de simple objet d'art ou d'accessoire chorégraphique pour s'imposer comme une divinité vivante et un esprit médiateur suprême entre la communauté des humains et la divinité céleste, désignée sous le vocable de Lago chez les Nyabwa et de Guéla chez leurs frères Wê.

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Intégrées au cœur des cultes agraires et des cycles funéraires de notables, ces entités ont pour fonction de saturer l'espace villageois d'une atmosphère de crainte religieuse et de solennité mystique indispensable pour entrer en communion avec les puissances occultes de la brousse. En matérialisant cette présence invisible, le masque permet de canaliser les forces de la nature qui perturbent l’équilibre existentiel de l’homme afin de les rendre inoffensives, protectrices ou coopératives, moyennant l'exécution de sacrifices propitiatoires rigoureusement orchestrés par les aînés du lignage sous l'égide des chefs de terre.

Conservant des prérogatives politiques et judiciaires identiques à celles observées chez les peuples Guéré et Wobé, le Gla puise sa légitimité dans le sanctuaire inviolable de la forêt sacrée, un espace ésotérique d’où il est traditionnellement réputé être « découvert » ou révélé aux initiés, plutôt que fabriqué de main d'homme.​

L’USAGE RITUEL DES MASQUES CHEZ LES NYABWA

L’usage rituel des masques chez le peuple Nyabwa s’enracine profondément dans une vision holistique et religieuse du monde, au sein de laquelle les divinités de la brousse, les ancêtres fondateurs et les forces invisibles de la nature participent de manière permanente et active à la vie de la communauté. Les recherches ethnohistoriques et anthropologiques du professeur Pascal Zézé Béké et les contributions de Monsieur Ibo Guéhi Jonas démontrent que cette institution théophanique constitue le pivot juridique, politique et spirituel de la société segmentaire du Centre-Ouest ivoirien.

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Conservant des fonctions et des prérogatives de régulation en tout point identiques à celles observées chez leurs frères Wê, le grand masque Gla tire sa légitimité suprême de son rattachement exclusif au sanctuaire inviolable de la forêt sacrée. Dans la cosmogonie de l'aire culturelle Krou, le masque n'est jamais considéré comme un artefact manufacturé de main d'homme, mais est rituellement défini comme une entité spirituelle autonome qui est découverte, capturée ou révélée aux seuls initiés au cœur de la brousse dense.

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Au sein de cet univers sacré se déploie une figure indispensable à la cohésion villageoise, incarnée par le masque comédien localement baptisé Tchèkpê. Parfois assimilé au Gla en raison de sa nature ésotérique, le Tchèkpê symbolise de façon magistrale les vertus de la ruse, de la rhétorique et de la vigilance communautaire. Loin de se cantonner à un rôle de simple divertissement, ce masque orateur est mobilisé de manière hautement stratégique par la gérontocratie Nyabwa dans le département de Zoukougbeu et d'Issia pour intervenir dans des contextes d'enquête policière, de médiation diplomatique inter-tribale ou d'application de sanctions sociales directes. Par le biais d'une parole acérée, de satires morales et de joutes théâtrales codifiées, il dénonce les déviances, arbitre les conflits de voisinage et rappelle à l'ordre les fauteurs de troubles sans susciter de violence réelle.

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En mêlant ainsi la crainte religieuse à la théâtralisation coutumière, l'usage des masques en pays Nyabwa permet de purger les tensions internes, de préserver la paix et de transmettre de manière empirique la mémoire collective et le respect des interdits totémiques aux jeunes générations de l'aire Krou.

CLASSIFICATION DES MASQUE NYABWA SELON LA NATUE

La classification des masques Gla en pays Nyabwa ne repose pas sur des critères purement esthétiques, mais sur une hiérarchie fonctionnelle, juridique et spirituelle rigoureuse. En nous appuyant sur les travaux anthropologiques du professeur Pascal Zézé Béké, l'univers théophanique Nyabwa s'organise selon les grandes catégories de masques suivantes, ordonnées du sommet de la sacralité jusqu'aux manifestations les plus séculières.

LE GLA KRAGBAH OU GRAND MASQUE DE SAGESSE (L'INSTANCE SUPREME)

Le Gla Kragbah (parfois appelé masque sacré ou masque judiciaire) occupe le sommet de la hiérarchie en pays Nyabwa. Émanation directe de la divinité suprême Lago, son autorité est absolue et incontestable. Ce masque n'apparaît que très rarement, lors de crises communautaires majeures : guerres inter-tribales, épidémies, profanations de la forêt sacrée ou litiges fonciers inextricables entre lignages fondateurs.

 

Il n'est pas un danseur, mais un arbitre. Lorsqu'il s'avance au centre du village, le temps profane est suspendu, les conflits s'arrêtent instantanément et sa parole fait office de décret de justice irrévocable. Il incarne la mémoire juridique du clan, protège le territoire et valide la passation des pouvoirs gérontocratiques.

Le Tchèkpê (ou masque satirique) occupe une place unique à la frontière du sacré et du social. Il symbolise la ruse, l'art oratoire et l'intelligence diplomatique. Contrairement aux masques précédents qui imposent le silence par la terreur sacrée, le Tchèkpê utilise la parole, l'humour et la dérision pour mener des enquêtes policières de proximité, régler des conflits de voisinage ou dénoncer publiquement les comportements déviants (vol, adultère, avarice des gérontocrates).

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Par le biais de joutes théâtrales et de critiques acérées, il agit comme une soupape de sécurité psychosociale, purgeant les tensions internes du village sans jamais engendrer de violence réelle.

LE TCHEKPE OU MASQUE COMEDIEN (L'ORATEUR ET LE MEDIATEUR SOCIAL)

LE DJANA GLA MASQUE RESERVE AUX CEREMONIES FUNERAIRES DES SAGES

Le Djana Gla est défini comme un masque intermédiaire du patrimoine Nyabwa, marquant la transition sémantique et rituelle entre la terreur de la sacralité suprême et la ferveur des masques de réjouissance. Au sein de la hiérarchie théophanique de l'aire culturelle Nyabwa, cette entité s’impose immédiatement à la suite du Grand Masque de Sagesse pour s’ériger en un auxiliaire liturgique exclusivement dédié à l'encadrement des cérémonies funéraires des sages et des adultes de la communauté.

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Sur le plan organologique et esthétique, le Djana Gla affirme sa singularité par une orchestration et une facture rigoureusement codifiées. Son tempo et ses structures polyrythmiques s'exécutent de manière spécifique en percutant la membrane d'un nombre restreint et calibré de tambours à l'aide de baguettes de rotin sec. De plus, il se distingue structurellement des petits masques profanes par la noblesse et la complexité de son accoutrement traditionnel ainsi que par le prestige de sa coiffure rituelle, ce qui lui confère une autorité visuelle et sonore indispensable pour célébrer la mémoire des défunts et consolider la cohésion mémorielle du lignage.

LE TACHTCHA GLA OU MASQUE DE REJOUISSANCE (LE VECTEUR DE COHESION)

Le Tchatcha Gla est défini comme le masque de réjouissance, de divertissement et de jonglerie par excellence du patrimoine culturel Nyabwa. Situé au bas de l'échelle de la sacralité mais investi d'une importance capitale pour la vitalité et la psychologie du groupe, ce type de masque s'impose comme une institution festive inclusive, totalement ouvert à l'ensemble de la population, y compris aux femmes et aux enfants.

 

Loin de la terreur des masques judiciaires, le Tchatcha Gla est indissociable des danses acrobatiques et intervient de manière privilégiée lors des moments forts de la vie civile, tels que la célébration des alliances matrimoniales, la fin des grandes récoltes agricoles ou les cérémonies de réconciliation inter-villageoises.

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Sur le plan acoustique et chorégraphique, ses performances physiques spectaculaires sont rythmées par les pulsations polyrythmiques du tambour-maître Bèdrè. Par son déploiement au centre du village, ce masque de divertissement célèbre la joie de vivre, la prouesse athlétique et la concorde sociale, agissant comme le principal vecteur de la cohésion communautaire et de la transmission empirique du patrimoine artistique aux jeunes générations du département de Zoukougbeu.

LE KOUGBOTO OU MASQUE DE DIVERTISSEMENT ET D'INITIATION DES ENFANTS E

Le Kougboto est défini comme le masque d'apprentissage, d’initiation et de divertissement des enfants et des jeunes au sein du patrimoine culturel Nyabwa. Agissant comme un outil pédagogique fondamental, ce masque des apprentis permet aux jeunes garçons de s’approprier de manière empirique l'art de la danse, le maniement des attributs rituels et les codes secrets de l'institution du Gla.

 

Contrairement aux masques de justice sacrés qui imposent la terreur religieuse, le Kougboto a pour rôle principal d'amuser la communauté, d'animer les festivités villageoises et de manifester la réjouissance populaire. Sur le plan morphologique, son esthétique conserve les traits vigoureux caractéristiques de la statuaire Nyabwa, mais elle se présente de façon nettement moins terrifiante et s'avère moins surchargée d'attributs magiques que celle des masques d'adultes.

 

En somme, le Kougboto s'impose comme l'expression enfantine et festive du Gla, marquant de son empreinte ludique les premiers pas des jeunes initiés dans l'univers mystique et social de la culture Nyabwa.

LE BLE GLA OU LE MASQUE GRIOT OU CHANTEUR

Le masque chanteur, localement désigné sous le vocable de Ble Gla ou de masque griot, s’impose comme une entité sacrée essentielle de l’univers théophanique Nyabwa, à l'instar du prestigieux Bahié Gla de Gorodi. Loin de se réduire à un simple performeur artistique, ce masque incarne la mémoire vivante de la communauté, un historien, un généalogiste et le médiateur privilégié de la parole sacrée. Il détient pour rôle fondamental de maîtriser les biographies et les généalogies des grandes lignées de la région, retraçant les exploits des ancêtres et rappelant les pactes de sang entre les familles lors de ses apparitions.

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Véritable animateur liturgique, il intervient de manière incontournable pour insuffler un caractère solennel et sacré aux fêtes de réjouissance, aux levées de deuil et aux funérailles de dignitaires. En sa qualité de messager du Grand Masque, il accompagne les instances supérieures de sagesse ou de justice, mobilisant sa voix pour apaiser la foule, désamorcer les tensions quotidiennes par l'humour ou la parabole, et traduire en chants oratoires les messages ésotériques des entités suprêmes.

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Son accoutrement et ses attributs esthétiques sont minutieusement agencés pour captiver l'auditoire tout en matérialisant la force de l’éloquence. Sa parure se caractérise par un visage sculpté arborant des yeux globuleux ou tubulaires typiques du Centre-Ouest, prolongé par une bouche proéminente parfois garnie de dents métalliques pour symboliser la puissance de la parole.

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L'élément le plus distinctif de son costume réside dans la présence de nombreux grelots et clochettes en bronze qui ornent le pourtour de son visage en bois ou le bas de ses vêtements, tintant à chacun de ses hochements de tête pour scander le rythme de ses improvisations poétiques. L'ensemble de son habit est couronné de textiles précieux, souvent en feutre ou en tissu rouge, combinés à des peaux d’animaux, des jupes de fibres de raphia et des enduits de pigments sacrificiels comme le kaolin, scellant ainsi par cette esthétique théâtrale la connexion indéfectible du masque chanteur avec le monde des esprits de la brousse.

REPERTOIRE DES MASQUES 

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